Le colonel Kadhafi possédait à l'étranger une manne financière considérable que le CNT libyen compte bien récupérer.
Sitôt Tripoli tombé, la rébellion libyenne appelle de nouveau à l'aide la communauté internationale. Mais plus question de bombardements, ni même d'armes, il est question d'argent, qui plus est appartenant à Muammar Kadhafi. Une manne considérable, sachant que la Libye demeure le quatrième producteur de pétrole d'Afrique, avec 1,79 million de barils par jour, ce qui représente 80 % des revenus du gouvernement.
Or, d'après un câble diplomatique de l'ambassade américaine à Tripoli révélé par WikiLeaks, il semblerait que cette richesse ait profité à l'ensemble de la famille Kadhafi. Ainsi, pendant des années, chacun des enfants du dictateur a perçu des revenus en provenance de la National Oil Company de Libye.
Barack Obama savait donc à qui il s'attaquait, lorsque le 25 février dernier il a ordonné le gel des avoirs libyens à l'étranger, suivi de près d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU. La communauté internationale a également visé les actifs à l'étranger de deux grandes institutions : la Banque centrale libyenne, qui gère les réserves de change du pays, à la tête de 120 milliards de dollars, et la Libyan Investment Authority (LIA), un fonds souverain créé en 2006 pour gérer les recettes pétrolières, qui s'évalue, lui, à 70 milliards de dollars. "Contrairement à la Tunisie ou à l'Égypte, il n'existe pas en Libye de séparation des pouvoirs, qui demeurent tous sous la tutelle de Kadhafi", explique Daniel Lebègue, président pour la France de l'ONG Transparency International. Selon ce dernier, ce sont donc près de 190 milliards de dollars qui se sont potentiellement retrouvés entre les mains du Guide et de sa famille.
Résolution de l'ONU
Et les investissements sont allés bon train durant les 42 années de son règne. Celui-ci posséderait, entre autres, 30 milliards de dollars de la dette publique américaine, 7 % de Fiat ou encore l'immeuble abritant la Fnac des Ternes à Paris. C'est donc naturellement que le Conseil national de transition libyen a réclamé, mercredi, une avance, à savoir une aide d'urgence de 5 milliards de dollars à débloquer sur les avoirs gelés en février. Outre les besoins humanitaires urgents de la population, dont le règlement des arriérés des salaires des fonctionnaires, le CNT entend utiliser ces fonds notamment pour le déminage des villes, la réhabilitation des écoles et des centres hospitaliers. Il invoque également la relance de l'économie du pays, la reprise de la production et des exportations du brut, ainsi que la réhabilitation des infrastructures pétrolières.
Une urgence qui semble avoir trouvé un certain écho auprès des grandes puissances ayant participé à l'intervention militaire de l'Otan. Jeudi, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a estimé que le déblocage aux Nations unies des avoirs libyens pourrait intervenir "assez vite", tandis que les États-Unis ont dit travailler à débloquer dans les prochains jours "entre 1 et 1,5 milliard de dollars" d'avoirs libyens gelés. Un problème se pose néanmoins, et pas des moindres. Sur les 193 pays que comptent les Nations unies, seuls 34 d'entre eux ont pour l'instant reconnu le CNT. Impensable donc de voir des banques occidentales dégeler les avoirs avant une résolution formelle de l'ONU affirmant que le CNT est le représentant légitime du peuple libyen.
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