Les électeurs saoudiens se rendent, depuis jeudi, dans les bureaux de vote pour choisir la moitié des membres de leurs 178 conseils municipaux. Au total, 5 324 candidats sont en course dans ces élections locales, soit la moitié des conseillers, les autres étant désignés par les autorités.
Une heure après le début du scrutin à 5 heures GMT (7 heures en France), l'affluence était plutôt faible dans un bureau de vote à Al-Ouléma, dans le centre de Riyad. Idem à Djedda, la capitale économique du pays.
En fait, les Saoudiens ont du mal à s'intéresser à ces élections locales, les deuxièmes de l'histoire récente du royaume wahhabite, et les seules ouvertes aux citoyens. Lors de la première élection, seulement la moitié des électeurs inscrits avaient voté. Sur 18 millions d'habitants, seulement 1 080 000 hommes se sont inscrits cette fois et la participation ne devrait pas être supérieure.
"JUSTE UN MOYEN DE MONTRER AU MONDE QU'IL Y A UNE 'DÉMOCRATIE' DANS CE PAYS"
Les candidats élus lors de ces élections n'occuperont que la moitié des sièges des conseils municipaux qui ont, de plus, peu de pouvoir réel. Selon un des candidats à Djedda, Abdoulaziz Al-Sorayai, "si le conseil municipal conserve la même autorité, il ne fera pas grand-chose". Cette autorité a essentiellement un pouvoir de validation et de surveillance, pas d'initiative.
Bref, les habitants doutent de la réelle portée de ce vote et, en dépit du vent de révoltes dans le reste du monde arabe, de leur rôle démocratique. "Cette élection est juste un moyen de montrer au monde qu'il y a une 'démocratie' dans ce pays. Ils veulent le montrer sous des dehors positifs mais c'est une coquille vide et pourrie", a expliqué Mariam, 27 ans, à un journaliste de Reuters. Pour cette habitante de Djedda, qui n'a pas voulu donner son nom de famille, "ils veulent qu'on pense qu'on a notre mot à dire pour qu'il n'y ait pas de révolte".
Le royaume conservateur n'accepte aucun parti politique. Les membres du conseil de la Choura sont nommés par la famille royale et n'ont qu'un rôle de conseillers. La famille royale occupe les ministères qui comptent et tous les ministres sont nommés par le roi. Face à ce constat, des militants appellent même au boycott du scrutin.
LES FEMMES ONT LE DROIT DE VOTE, MAIS PAS POUR CETTE FOIS
Bien que le roi saoudien ait annoncé dimanche le droit de vote aux femmes, seule concession politique faite depuis le début du "printemps arabe", elles devront attendre le prochain scrutin, soit quatre ans, avant de pouvoir élire et être élues. Le lendemain de cette annonce, une Saoudienne était condamnée à dix coups de fouet pour avoir bravé l'interdiction faite aux femmes de conduire. Elle a finalement été grâciée par le roi.
Le premier exportateur mondial de pétrole est parvenu à éviter la moindre manifestation politique. Plutôt que des réformes démocratiques, le roi Abdallah Ben Abdoulaziz Al-Saoud a annoncé des aides sociales pour un montant de plus de 130 milliards de dollars (95 milliards d'euros) et envoyé ses troupes à Bahreïn, son allié à majorité chiite, pour mater la révolte.
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