Retournement de position de l’Algérie vis-à-vis des nouvelles autorités libyennes. On passe de l’expectative à la rencontre au sommet. Le déplacement du président de la république “pour assister au sommet du Forum des pays exportateurs de gaz” qui avait quelque chose d’inattendu, tant la présence de Bouteflika aux réunions internationales était devenue aléatoire, trouve une nouvelle raison dans ce sommet Algérie-Qatar-Libye tenu en marge de la rencontre du FPEG. À considérer l’imprévisibilité de l’événement et la soudaine évolution des rapports entre le gouvernement algérien et l’autorité libyenne, on peut se demander, d’ailleurs, lequel des deux sommets était en marge de l’autre.
On ne sait pas si, et par quels moyens, les réserves de l’Algérie sur la maîtrise du mouvement des armes, qui risquaient de tomber dans les mains d’Aqmi, ont été levées, mais si l’on est parvenu au contact au niveau de chefs d’État, c’est que les inquiétudes algériennes ont reçu des réponses convaincantes. Pourtant, la délégation longtemps attendue du CNT n’est jamais arrivée à Alger. Alors qu’on attendait l’arrivée imminente des représentants du Conseil de transition libyen, c’est le ministre des Affaires étrangères du Qatar qui nous rendait visite. Il faut croire qu’il a réussi à nous faire l’économie de contacts préliminaires, puisque nous sommes passés directement au niveau de la rencontre au sommet. C’est donc à l’Émirat, tête de pont de la volonté, disons de l’Otan, cette organisation qui oscille entre le statut de coalition géostratégique et celui d’instrument de la “communauté internationale”, qui est l’artisan de la normalisation algéro-libyenne. Point de transit des efforts de structuration des relations interarabes et port de débarquement des armes pour les guerres de la région, Qatar fait office de paradis “diplomatique” pour la géostratégie des puissances occidentales comme d’autres micro-états font office de paradis fiscaux pour le monde de la finance. C’est sous sa conduite que la question syrienne, jusqu’ici traitée avec le souci évident de sauver Bachar al-Assad avant le peuple syrien, vient de subir un éclatant revirement de la position arabe. Il reste que cette position, même téléguidée par “la communauté internationale” à travers les antennes de rediffusion du Golfe, arrive trop tard dans le drame syrien. Depuis vendredi, le drame tourne à la tragédie et, auparavant, elle n’a rien fait pour l’éviter quand il était encore temps de faire quelque chose. L’Algérie, traditionnellement attachée à la particularité de ses positions nuancées, surtout quand il s’agit de questions interarabes, n’a, apparemment, pas résisté à l’hégémonie diplomatique qatarie. Le fait que Medelci se soit vu interrompre dans sa prise de parole par son homologue qatari n’a pas qu’un aspect anecdotique. Le “printemps arabe”, tragique par ses dégâts, mais salutaire par son sens historique, aura, à ce point, malmené la diplomatie nationale. Faute de position nationale, dans un mouvement que nous ne voulons ni clairement accompagner ni franchement contrarier, la diplomatie nationale est vouée à toutes les influences de circonstance. Et c’est, maintenant, le pétro-État du Qatar qui nous montre la voie. M. H. musthammouche http://www.liberte-algerie.com/contre ... revue-par-le-qatar-166207 |